lundi 15 janvier 2018

Saintes : analyses à la source de Lucérat

Dans le cadre de la protection du captage d’eau de Lucérat, un traçage coloré est prévu mercredi 17 janvier au niveau du vallon sec de Fond Barbeau, afin d’étudier le circuit souterrain de l’eau. 

 
De la fluorescéine (colorant vert) sera déversée au niveau de l'infiltration des eaux pluviales. La connaissance du délai entre l’infiltration et la détection du colorant à la source d’eau permettra d’étudier plus finement le circuit de l’eau et d’anticiper les pollutions accidentelles.
La fluorescéine est un colorant couramment utilisé pour ce type d’étude. Ce traçage est organisé avec toutes les précautions nécessaires concernant l’eau potable. Il n’y a donc pas d’impact sur l’eau distribuée au robinet des consommateurs. Des traces de coloration ponctuelle pourront être visibles dans la Charente, mais sans nuisance pour l’environnement.
Parallèlement à cette étude, des prélèvements d'eaux seront réalisés d’ici fin janvier (selon conditions météorologiques), afin de compléter les données de connaissance concernant les eaux se déversant dans la source de Lucérat.
L'objectif de ces analyses est double :

- mieux connaître le circuit de l’eau au niveau du bassin versant de Fond Barbeau,
- anticiper les pollutions accidentelles.
Cela permettra ainsi de protéger la source d’eau de Lucérat, source stratégique au niveau départemental pour l’alimentation en eau potable.

L’origine de la galette des rois et de sa fève

C’est vers 1870 qu’apparaissent les figurines miniatures en porcelaine qui remplacent la fève naturelle. A Limoges, leur production se développe à partir de 1875 grâce à Martial Ducongé (article extrait de Patrimoine et Inventaire d'Aquitaine).


La coutume de l’Epiphanie, du terme Epiphania : apparition, évoque le cheminement des Rois Mages, partis d’Orient, qui furent guidés par une mystérieuse étoile jusqu’à Bethléem. En Nouvelle-Aquitaine, le thème religieux de « L’Adoration des Mages » est souvent représenté dans des vitraux, des  peintures murales ou des tableaux, comme c’est le cas au Moutier-d’Ahun (Creuse). Sur cette toile du XVIIIe siècle, les rois Gaspar, Melchior et Balthazar, parés de costumes orientaux, ajoutent une touche d’exotisme : ils offrent l’encens, la myrrhe et l’or, symbolisé par une couronne. Ce sujet iconographique illustre également des châsses émaillées du XIIIe siècle en Corrèze, Creuse et Haute-Vienne.
Au fil du temps, la solennité liturgique de l’Epiphanie chrétienne a inspiré diverses coutumes qui ont contribué à la popularité comme à la pérennité de la fête des Rois. La tradition du partage de la galette des Rois est la plus célèbre d’entre elles. Dès le XIVe siècle, à Limoges, les marchands offraient une galette à leur seigneur dans laquelle une pièce de monnaie était cachée. Sa découverte désignait le roi qui choisissait ensuite sa reine et donnait aux pauvres une part du gâteau, appelée « la part de Dieu ». Toutefois, la graine légumineuse en forme de haricot, appelée fève, était plus communément utilisée.

Le gâteau rituel du jour des Rois était désigné, en langue limousine, par l’expression « Lou Reibeu », ainsi dénommé parce que les convives acclamaient par ces mots celui qui découvrait la fève et devenait roi, chaque fois qu’il levait son verre pour boire. Les boulangers avaient pour coutume d’offrir le gâteau des Rois à leurs clients, ce qui occasionnait des frictions avec la corporation des pâtissiers.
Dans son manuscrit de 1778, l’abbé Legros nous donne un dessin de cette pâtisserie à base de farine de froment : de forme ronde, elle est décorée de stries croisées en diagonale. En janvier 1790, les boulangers de Limoges profitèrent des évènements politiques et de leurs répercussions économiques sur la cherté des grains pour cesser de fournir les galettes à titre gracieux. Face au mécontentement populaire, les officiers municipaux donnèrent l’ordre de reprendre cet usage.


C’est vers 1870 qu’apparaissent les figurines miniatures en porcelaine qui remplacent la fève naturelle. Elles proviennent tout d’abord d’Allemagne. Leur production se développe ensuite à Limoges grâce à Martial Ducongé (Limoges, 1875-1918), modeleur dans une manufacture à Lille, lorsqu’il revient dans sa ville natale en 1913. Suite à sa rencontre avec un pâtissier de Limoges qui achète des fèves en porcelaine de Saxe à Thuringe, il décide de se substituer aux anciens fournisseurs et fonde sa propre manufacture rue Saint-Surin, à Limoges, en 1914. Il la nomme « Au biscuit français ». Peu avant la fin de la première Guerre mondiale, l’usine se développe et occupe des locaux plus importants. Martial Ducongé crée des modèles et des moules qui permettent de reproduire des petits sujets et met au point leur fabrication.

De 1914 jusqu’aux environs de 1950, les fèves sont obtenues manuellement. Après cette date, elles sont produites à la machine. Après démoulage, séchage et ébardage, certains sujets reçoivent une glaçure d’émail. Les figurines, en biscuit de porcelaine blanche ou émaillées, représentent des baigneurs, animaux divers ou porte-bonheur comme le trèfle à quatre feuilles et le fer à cheval. Pour ses clients, Martial Ducongé qualifie sa porcelaine « d’articles jouets autrefois fabriqués par nos ennemis ». Du fait de la rupture du commerce avec l’Allemagne suite à la guerre, Limoges détient alors le monopole exclusif de cette production. En 1918, Martial Ducongé meurt, victime de la grippe espagnole. Sa femme prend la direction de l’entreprise et, à la suite de son second mariage, la fabrique prend le nom de Ranque-Ducongé.

En 1924, Raoul Mousset, Léon Cloups et François Gaumondi créent une petite usine de porcelaine, avenue Galliéni, à Limoges, spécialisée dans la fabrication de porcelaine blanche fantaisie, dont les fèves. En 1964, Henri Laplagne, succède à son beau-père Léon Cloups. En 1974, la manufacture Ranque-Ducongé est acquise par la société Limoges Castel qui transfère la production dans de nouveaux locaux en zone industrielle. En 1987, Limoges Castel est le premier fabricant français porcelainier de miniatures et objets cadeaux. Après ces périodes de prospérité, l’usine ferme dans les années 1990.

Si de nos jours, ce type de production n’existe plus à Limoges, la traditionnelle fève en porcelaine est encore réalisée à Aubusson, en Creuse, depuis sept ans par Alain Pinquier, l’un des trois derniers artisans français dans ce domaine. Formé aux métiers de la porcelaine à Limoges, il crée son propre atelier où chaque année, il conçoit une douzaine de collections et produit environ 80.000 figurines. Il reçoit des commandes par milliers : de France ou de l’étranger. Les fèves, essentiellement plates, sont fabriquées à l’unité. Après une première cuisson, elles sont émaillées, puis elles subissent une deuxième cuisson avant d’être décorées, et à nouveau cuites. Leur iconographie s’inspire de caricatures comiques modernes ou de cartes postales anciennes du village du boulanger qui utilise ces fèves dans ses galettes. Cette production, 100 % française, entre en concurrence avec celle des fèves d’importation, de Chine notamment, pour un coût de réalisation supérieur mais avec un prix de vente identique. Ainsi, grâce à une distribution sans intermédiaire, l’activité d’Alain Pinquier reste viable et connaît actuellement un nouvel essor.

Des fèves diverses et variées !
Aujourd’hui encore, le premier dimanche de janvier, nous aimons continuer cette ancienne coutume, partager la galette avec convivialité, et découvrir la fève cachée ; en France, comme à la Nouvelle-Orléans, à New-York, Londres ou Berlin.

Françoise Bourdillaud

samedi 13 janvier 2018

Claire-Lise Boulch : « ses bijoux ont tout dans la tête ! »

Elle vous donne rendez-vous au musée de Saint-Pierre d'Oléron pour les Journées des Métiers d’Art en avril prochain

Claire Lise Boulch est bien connue à Talmont où vous la rencontrerez à la boutique Rose Outremer. Artisan d’art, elle réalise des bijoux de tête et autres "parures" qui allient délicatesse et fantaisie. Elle a été sélectionnée pour participer à l’exposition des Métiers d’Art qui se tiendra en avril prochain au musée de Saint-Pierre d’Oléron.


Claire Lise Boulch est discrète, raffinée et joliment originale. Son regard pétillant en dit long sur l’idée qu’elle se fait de la féminité. C’est à Talmont qu’elle a posé ses valises, rue de la Tour Blanche, après avoir travaillé pour des bureaux de style à Paris où se dessinent les dernières tendances.
Son parcours est intéressant. Après des études préparant aux métiers de la haute-couture (BT mesures et créations), elle entre à l’Atelier Fleuri-Delaporte, puis rejoint Peclers Paris. En parallèle, elle organise des soirées à thème avec costumes et décors pour " Le Palace" et devient créatrice de chapeaux diffusés chez Maria-Luisa et Absinthe, boutiques du quartier des halles. Elle fonde ensuite sa propre entreprise avec son associé Philippe Robert, designer de renom. Ils conçoivent des collections pour les éditeurs de la décoration : Lelièvre, Boussac Fadini, Tassinari et Chatel, le linge de maison, les tissages Moutet, Bouchara, et les arts de la table Geneviève Lethu, Guy Degrenne, Hermès. Elle poursuit une collaboration avec Marie Mercié au sein de son atelier, œuvrant à la mise en valeur du savoir-faire de la créatrice de chapeaux du quartier Saint-Sulpice.
« A un moment, nous avons réalisé avec Philippe que le marché du textile pour lequel nous travaillions tous les deux commençait à s’effriter. Est née l’envie d’écrire une nouvelle page d’existence en dehors de la capitale » souligne-t-elle. Venu en vacances à Talmont, le couple craque devant une maison. C’est là qu’ils s’installent. Une page se tourne. Lui sort son chevalet, elle imagine des modèles dédiés à la beauté et l’esthétique. Entrer dans l’atelier-boutique Rose Outremer, c’est pénétrer dans un univers où l’imagination est souveraine…

Autour de la rayure
 
Promouvoir les métiers d’art est l’une des priorités de Claire Lise Boulch. Et elle s’implique ! Elle a exposé aux côtés de créateurs de mode à La Rochelle et dans cette même ville, elle a présenté, dans le cadre de l’exposition de l’Union de la Couture "Savoir-faire du lien Mode et Musée au Musée des Beaux-Arts de La Rochelle", un serre-tête s’inspirant d’une encre chinoise. Etamine de lin peinte, perles de jais. Ravissant !

Bijou de tête inspiré d'une encre chinoise (Musée des Beaux Arts de La Rochelle)
Du modèle initial à la création
Elle a également fait les costumes et les décors de la comédie musicale Komma jouée par Compagnie de l’Arène dans le cadre d'une résidence au lycée de l’Atlantique à Royan, projet soutenu par la région Nouvelle-Aquitaine. Trois comédiens, huit silhouettes à habiller ! Une expérience aussi passionnante que celles de Saint-Emilion ou du musée de Royan où elle a été chargée de réaliser la scénographie et l’agencement des décors de l’exposition "Picasso-Royan 39-40", en collaboration avec Gérard Dufaud et Bernard Mounier. Ce rendez-vous, qui apportait un éclairage sur le séjour prolifique du peintre dans la cité balnéaire, a drainé plus de 20.000 visiteurs ! Durant l’été 2017, on l’a vue aux côtés de Philippe Robert au cloître des Carmes de Jonzac, « un moment dont elle garde un excellent souvenir ». 
 
Cette année, elle a été sélectionnée par le musée de Saint-Pierre d’Oléron qui valorise les métiers d’art du 10 mars au 30 septembre. Le thème 2018 en est « la rayure ». Savez-vous que ce musée de Charente-Maritime est labellisé Musée de France ? Claire Lise y présentera les 6, 7 et 8 avril prochains un bijou de tête unique (avec des rayures bien évidemment, paille naturelle, sisal laqué or et vert bronze). Elle animera une rencontre avec le public le 7 avril avec confection d’un bracelet orné de fleurs.
« La sélection a privilégié l’excellence des savoir-faire, la créativité, la variété des techniques utilisées et la correspondance avec la thématique retenue pour l’exposition. Des objets rayés des collections du musée seront également exposés faisant ainsi écho aux créations contemporaines. La rayure est, de nos jours, associée au bord de mer et l’île d’Oléron n’y échappe pas. En 1926, trois bandes noires sont rajoutées au phare de Chassiron afin de mieux le différencier du phare également blanc des Baleines. Des cabines de bains aux cabanes ostréicoles en passant par les ganivelles, les rangs de vignes, les aires des marais-salants… les lignes répétées à intervalles réguliers se distinguent dans le paysage » expliquent les organisateurs. Un monde à découvrir !

Rendez-vous au Musée de Saint-Pierre d'Oléron
Claire Lise Boulch a d’autres projets avec une ligne directrice : que les créateurs d’art puissent s’exprimer et surtout partager leur travail. Une façon pour eux de valoriser leurs talents respectifs et susciter des vocations !

vendredi 12 janvier 2018

La communauté hospitalière de Saintonge fidèle à la mémoire de Philippe Marchand

La communauté hospitalière rend hommage à Philippe Marchand, homme politique saintais qui a apporté sa pierre à l'édifice du territoire : 

Philippe Marchand lors de la cérémonie de départ 
de l'ancien directeur de l'hôpital, Alain Debetz
Sur le parvis du centre hospitalier de Saintonge, les drapeaux sont en berne, dans un hommage discret à celui qui 24 années durant a présidé, avec toute la fougue qu’on lui connait, le conseil d’administration de l’hôpital de Saintes.
Alors premier adjoint du maire de Saintes Michel Baron, Philippe Marchand élu par délégation président du conseil d’administration de l’hôpital en 1977, s’est immédiatement investi dans cette fonction à laquelle il était très attaché.
 Ceux qui l’ont bien connu sont unanimes : sa disponibilité pour le centre hospitalier dont il se sentait très proche était totale malgré ses nombreuses obligations politiques, président du Conseil général de Charente-Maritime en 1982, vice-président de l’Assemblée Nationale en 1985, puis Ministre délégué aux collectivités locales en 1990 et Ministre de l’intérieur de janvier 1991 jusqu’en 1992.
Pendant toutes ces périodes, il n’a cessé de présider régulièrement tous les conseils d’administration.
Il s’est toujours montré à l’écoute de la collectivité hospitalière dans toutes ses composantes. Il savait apaiser les tensions, dépassionner les débats à travers un sens du pragmatisme chaleureux et facilitateur. Sa verve, son esprit brillant, son humour espiègle rehaussaient le climat des rencontres informelles organisées en marge des manifestations officielles.

Sous sa présidence, le centre hospitalier de Saintes a engagé sa mue vers le pôle de référence qu’il est aujourd’hui pour le territoire Sud et Est du département, au même titre que les hôpitaux de préfecture de la Région.

Visionnaire, il a favorisé activement la coopération inter hospitalière et a participé à la création dès 1996 de l’une des premières communautés d’établissements, bien avant que les rapprochements entre établissements d’un même territoire ne soient rendus obligatoires.
Philippe Marchand a accompagné et favorisé la transformation in situ de l’ancien hôpital Saint-Louis qu’il a porté au maximum de ses capacités avec l’ouverture de nombreux nouveaux services, l’affirmation et le développement de diverses spécialités, l’humanisation et la modernisation de plusieurs secteurs. Il a pris une part très active auprès du Ministère de la santé en vue d’obtenir l’autorisation d’installer le premier scanner dans l’établissement et son financement.
Dès le milieu des années 90, lorsque le projet de construction d’un nouvel hôpital a été lancé, Philippe Marchand n’a pas cessé d’œuvrer pour faire aboutir ce projet auquel il était très attaché, tout d’abord auprès de Jacques Métais, alors directeur de l’Agence régionale hospitalière de Poitou-Charentes, puis auprès du Ministère de la Santé où il avait conservé d’amicales relations.

Départ d'Alain Debetz. Philippe Marchand y rappelle son engagement 
pour la communauté hospitalière de Saintonge
Lorsque Bernadette Schmitt, en 2001 élue maire de Saintes, lui a succédé à la présidence du conseil d’administration de l’hôpital, c’est tout naturellement qu’il s’est mis à sa disposition pour l’accompagner dans la conduite du dossier qu’il connaissait bien.
Depuis cette période et en toutes circonstances, il ne perdait jamais une occasion de se rendre dans le nouvel établissement dont il était très fier. 
Invité en 2007 pour inaugurer ce bel ensemble, c’est avec un immense plaisir et ses dons d’orateur qu’il a rappelé l’histoire de la création du centre hospitalier de Saintonge.
Avec la disparition de Philippe Marchand, le centre hospitalier de Saintonge perd l’un de ses fondateurs.
 La communauté hospitalière de Saintonge se souvient...
  
• Remerciements
Fabrice Leburgue, directeur des centres hospitaliers de Saintonge et de Saint-Jean-d’Angély, remercie les personnes qui par leurs récits et anecdotes ont contribué à la rédaction de ce communiqué, et tout particulièrement Georget Cano et Denis Guirand, anciens directeurs du centre hospitalier et Jean-Noël Parola, ancien président de la communauté médicale d’établissement.

Quand Sophie, artisan potier en Saintonge, rencontre Ahmed Attaher, orfèvre au Niger…

De quels projets parlent-ils ? De la préparation d’une collection, bien sûr, où les deux artistes conjugueront leurs talents respectifs. Artisan potier, Sophie Duvois créera les supports (vases, coupes, vasques) tandis que l’orfèvre nigérien les ornera d’argent ou de pierres semi-précieuses. Une alliance « séduisante » qui est le fruit du hasard, comme toutes les belles histoires…
 
Ahmed Attaher, Sophie Duvois et Jo Neuvy
Cette histoire met en scène deux personnes qui exercent des métiers différents, mais que réunit l’esprit artistique. Invité par Jo Neuvy à exposer en France, Ahmed Attaher est membre d'une grande famille d’orfèvres touaregs. Au Niger, il évolue dans les pas de son père et de son grand-père dont les œuvres figurent au quai Branly à Paris. Lui-même possède un atelier à Agadez.  Quand il le peut (les visas sont parfois difficiles à obtenir), il se rend en France pour présenter ses œuvres. Au domaine du Chapitre, à Arces-sur-Gironde, où nous l’avons rencontré la première fois, ses bijoux ont été remarqués. Joignant le geste à la parole, le public a découvert lors d'une démonstration comment une barrette d'argent peut se transformer en bracelet, bague ou collier ! L'assistance est généralement fascinée par ces opérations « digne d’un alchimiste » qui nécessitent expérience et précision.

Arces sur Gironde : démonstration devant le public
Sophie Duvois, quant à elle, a installé son atelier de poterie à Rouffignac, près de Montendre. En véritable passionnée, elle crée, invente et s’autorise quelques audaces. Souriante, elle explique sa démarche et montre les techniques aux curieux qui s’interrogent sur les secrets de fabrication. Accomplie ? Pas tout à fait… elle gardait en elle cette petite flamme qui ne demandait qu’à s’embraser. Sa rencontre avec Ahmed Attaher s’est déroulée aux halles de Montendre, au salon des artisans. Alors que cette manifestation allait fermer ses portes après les fêtes, eux, au contraire, ont ouvert une page d’écriture. Leur rapprochement s’est fait instinctivement. Ils ont longuement discuté et échafaudé des projets. « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis » disait Saint-Exupéry.
Il n’existe pas de poterie ornementale au Niger où elle est destinée au cadre alimentaire. « J’ai été attiré par la forme de l’un des vases de Sophie. J’ai tout de suite pensé aux décorations qui pourraient le mettre en valeur » souligne Ahmed Attaher.

Partage franco-nigérien

Sophie à la foire aux potiers de Soubran
Sophie est enthousiasmée par ce partage artistique : « Ahmed devant rentrer dans son pays, nous allons travailler par internet. Je lui enverrai les croquis des modèles que nous choisirons ensemble. Une fois que la pièce sera définitive, je laisserai les emplacements pour qu’il puisse intervenir à son tour ». De cette union, naîtra une collection franco-nigérienne axée sur l’élégance et l’originalité puisque seront travaillées des matières nobles, la terre, l’argent, les pierres, l’ébène.
Cette terre, qui prend vie entre les mains de Sophie, sera ornée par Ahmed qui excelle dans les ciselures héritées de ses ancêtres. Par leurs dessins géométriques, ces gravures racontent la vie de ces hommes libres que sont les Touaregs, les dunes, le chemin des caravanes, les sources, le puits, le village et les étoiles indiquant les quatre points cardinaux, repères immuables dans le ciel du désert. On y trouve aussi des animaux, la trace du serpent dans le sable ou du mille-pattes qui symbolise le lieu où se trouve la vie, la tente, le dromadaire, le caméléon et le chacal qui représente à la fois l’intelligence et la joie : « Au Niger, les histoires qu’on raconte aux enfants ont souvent un rapport avec le chacal ! ». 

Chaque gravure a une signification
 Comme on le suppose aisément, Sophie a déjà la tête dans ses futures compositions. Un défi qu’elle entend relever, consciente de ce rendez-vous particulier que lui donne l’existence. Les mois qui viennent seront déterminants. C’est donc avec impatience que nous attendons cette première « édition » qui portera en elle deux cultures et un bel objectif, celui de faire rêver le public.

• Création inspirée d’un bracelet d’esclave.
Ahmed a travaillé à partir de la collection d’objets anciens que possède le Sultan d’Agadez. « Nous avons un Président, mais les régions ont conservé un chef qui règle les affaires selon la tradition ». Les orfèvres travaillent pour lui. « Quand j’ai vu ces bracelets en bronze qui étaient placés autour des bras et des chevilles, symboles de l’asservissement, j’ai tout de suite pensé à une forme moderne, légère et libérée faite en ébène et incrustée d’argent ». Le modèle réalisé est magnifique…

 
• En Europe, Ahmed Attaher a tissé des liens avec la France, l'Espagne et l'Allemagne où se trouvent plusieurs points de vente de bijoux touaregs. Faire connaître cet artisanat d’art est important. Cette prise de conscience est essentielle pour le devenir de gestes que les ethnies conservent depuis des siècles. Soudées, les familles préservent ces acquis de génération en génération. Ahmed Attaher est le gardien d'une tradition ancestrale. C’est lui qui a été choisi pour la perpétuer (chaque enfant de la fratrie est toutefois initié). La chaîne doit rester intacte et Ahmed est heureux, sa femme Mina vient de lui donner un petit garçon !

• La situation au Niger :
Il y a moins de problèmes avec Boko Haram, semble-t-il, mais de nombreux réfugiés venant des pays déstabilisés par la guerre cherchent refuge au Niger. Ce pays possède, en effet, des frontières avec la Lybie, l'Algérie, le Mali (où les Islamistes sont très présents), le Bénin, le Burkina Faso, le Nigeria et le Tchad.
Face aux Haoussas qui occupent une large partie de la population, les Touaregs, en moins grand nombre, veulent défendre leur culture. Ecriture, symboles, histoire : chaque témoignage est précieux.


Reportage/photos © Nicole Bertin